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La Salafiyyah, c'est l'Islam Authentique

L'Islam authentique est fondé sur le Coran et la Sounnah selon la Compréhension des Pieux Prédécesseurs

Publié par Abou 'Othman sur
Publié dans : #Histoire, #Andalousie, #Europe, #Espagne, #Maghreb, #Occident, #Guerre, #Oppression, #Déportation, #Oummah

Les Morisques

L'histoire des Morisques, les Musulmans d'Andalousie, convertis de force au nazaréisme ("christianisme") est l'un des épisodes les plus tristes de l'Histoire du Monde Islamique.

Les épreuves que durent affronter les Musulmans débutèrent bien avant la Chute de Grenade en l'an 897 de l'Hégire (1492 G.), puisqu'au fur et à mesure de l'avancée des forces nazaréennes (Portugais, Castillans et Aragonais) vers le Sud, les Croyants se retrouvèrent sous le joug de ces dernières.

Lire : Avez-vous nouvelles des Gens d'Andalousie ?

Avec la désintégration de l'Andalousie islamique, beaucoup avaient déjà fui vers les métropoles du Maghreb voire vers l'Orient.

Lorsque le Royaume de Grenade tomba en 897 H. (1492 G.), le dernier souverain musulman d'Andalousie, Mohammed XII Abou 'Abd Allah (en castillan Boabdil) de la dynastie des Nasrides, signa un accord avec les vainqueurs, les « Rois Catholiques » de Castille et d'Aragon, permettant aux Musulmans, bien que vaincus, de conserver leur foi et leurs coutumes sur la terre d'al-Andalous.

Tandis que certains décidèrent (ou purent) émigrer et rejoindre les terres musulmanes en Afrique, d'autres restèrent en Andalousie. Ces Musulmans, qui étaient restés sur les terres à présent dominées par des infidèles, se virent attribuer le surnom de « domestiqués » (en castillan « los mudéjares », de l'arabe « المدجّنون », « al-moudadjdjanoun »).

Mais très vite, les accords signés furent remis en question par les royaumes de Castille et d'Aragon, qui exigèrent tout d'abord que les anciens nazaréens convertis à l'Islam avant la Chute de Grenade abjurassent leur nouvelle foi. Les reconvertis et les descendants de reconvertis, que l'on désigne sous le terme de « métis » (en castillan « los muladíes », de l'arabe « المولّد », « al-mouwallad »), furent ainsi les premiers à subir les persécutions de l'occupant. Face à cette mesure injuste, en 905 de l'Hégire (1499 G.), les Musulmans du quartier grenadin de l'Albaicín (en arabe « البيازين », « al-Bayazin ») se soulevèrent. Dans plusieurs régions de l'ancien royaume musulman de Grenade, des révoltes éclatèrent et furent sévèrement réprimées.

Raphaël Carrasco, spécialiste de la question morisque, dit dans un article intitulé Les Morisques au XVIe siècle : de l’échec de l’évangélisation à la répression généralisée :

« Les souverains clament haut et fort leur affliction devant l’infidélité des nouvelles populations et rompent leur engagement afin de forcer la conversion : ce sera le pardon royal contre le baptême. Cela se fait en 1500 [G.] dans un climat extrêmement tendu. »

Après la conversion forcée des habitants de l'ancien Royaume de Grenade, les souverains castillans s'attaquèrent aux Morisques de Murcie afin d'éradiquer toute trace d'Islam en Castille. Et en 907 de l'Hégire (1502 G.), ils
décrétèrent la conversion générale des Morisques du Royaume de Castille.

En Aragon, autour de l'an 927 de l'Hégire (1521 G.), éclatèrent des révoltes populaires durant lesquelles les Morisques furent pris à partie et forcés à l'apostasie.

Après l'abrogation totale de accords par les « Rois Catholiques » en 932 de l'Hégire (1526 G.), les Croyants qui résidaient encore dans les anciens territoires musulmans (principalement Aragon, Valence, Murcie, Grenade) durent faire face à une pression sans précédent.

Les Musulmans tentèrent de négocier avec les autorités nazaréennes le rétablissement des accords mais sans succès : conversions forcées, exil (pour ceux qui le pouvaient car de nombreuses contraintes étaient imposées par les autorités pour forcer les populations à apostasier) et persécutions étaient les seules options qui s'offraient. Et la pression s'accentua sur les communautés morisques, qui durent se plier à de nombreuses lois (interdiction du voile, interdiction de la langue arabe...).

Raphaël Carrasco, toujours sur cette période, ajoute :

« Les mudéjares ont le choix entre la conversion et l’expulsion. Il est certain qu’un nombre non négligeable de familles opta pour l’exil, mais il est impossible de savoir combien s’expatrièrent. Les fuites vers les terres d’Islam continuèrent, du reste, durant tout le siècle sans qu’on possède, ici non plus, le moindre indicateur quantitatif. »

Certains Musulmans avaient réussi à fuir pour le Maghreb, où ils avaient pu trouver refuge dans l'attente d'une contre-offensive maghrébine et/ou ottomane. Des véritables convois humanitaires étaient organisés afin d'acheminer les Musulmans en terre d'Islam et de les sauver des griffes castillanes et aragonaises.

Ainsi, par exemple, le commandant de la Marine ottomane Kheyr oud-Din (dit Barberousse), sous les ordres et avec l’appui du Sultan Ottoman Souleyman Ier (dit Soliman le Magnifique) a multiplié les expéditions sur les côtes espagnoles et a ainsi pu sauver des milliers de Musulmans andalous. En l'an 935 H. (1529 G.), il effectua sept convois humanitaires vers les côtes de l'Andalousie​ pour acheminer près de 70 000 Musulmans et les sauver des griffes de l'Inquisition sanglante. D'autre part, du matériel et de l'aide militaire étaient envoyés afin de soutenir les rebelles andalous dans les dernières poches de résistance.

Tout au long de cette période, de nombreux Musulmans andalous, plusieurs dizaines de milliers, rejoignirent les bandes de corsaires du Maghreb, qui luttaient activement contre les mécréants.

Mais nombreux étaient les démunis et les isolés qui ne pouvaient quitter l'Andalousie perdue. Souvent, ils n'avaient d'autre choix que d'abjurer leur foi (en apparence). Malgré les persécutions et l'acculturation qu'ils subirent, les Morisques continuèrent à s'accrocher à leur foi et à leur identité en cachette.

Mohammed Ibn al-Hasan al-Hidjdjawi ath-Tha'alibi (m. 1376 H.), dans al-Fikr as-Sami fi Tarikh al-Fiqh al-Islami, dit à propos de la politique d'acculturation forcée que subirent les Morisques :

« Lorsque l'année 1011 [de l'Hégire] est venue, il ne restait en Andalousie que les convertis au nazaréisme par la force. Les écoles, bureaux, instituts et toutes les traces de la civilisation arabe ont été détruits, même les livres. Le cardinal Casminas a brûlé 80 000 manuscrits arabes sur la place de Grenade et a ordonné de détruire tous les livres arabes d'Espagne. L'opération a duré un demi-siècle. Par ces terribles événements, les sciences des gens d'Andalousie et d'Afrique ont disparues. »

Cependant, certains fanatiques enragés ne se contentèrent même pas de la conversion des Musulmans au nazaréisme et de la destruction des traces du passé islamique de l'Espagne. Comme Jaime Bleda, un religieux dominicain de Valence, ils voyaient dans les Morisques convertis des « hérétiques » et de « potentiels traîtres » : il fallait les expulser à tout prix et en attendant les persécuter et les spolier de leurs biens !

Ainsi, pendant prés d'un siècle, les Musulmans durent faire face à cette situation. Ils subirent les pires sévices : humiliations, vols, enlèvements, mises en esclavage, tortures, viols, meurtres... A certains endroits, des révoltes éclatèrent comme dans l'ancien Royaume de Grenade, avec la Guerre des Alpujarras, en vain, et ce jusqu'à l'expulsion totale des Morisques d'Espagne en 1018 de l'Hégire (1609 G.), plus de cent ans après la Chute de Grenade. 

Gustave Le Bon, dans La Civilisation des Arabes, dit à propos de cet épisode de l'Histoire :

« Ferdinand [Ferdinand II d'Aragon] avait accordé par traité aux Arabes [c'est-à-dire aux Musulmans d'al-Andalous, qui étaient en réalité de souche berbère, ibère, gothique, basque... et pas seulement arabe !] le libre exercice de leur culte et de leur langue [après la capitulation du Royaume nasride de Grenade, dernier état musulman en Andalousie], mais dès 1499 [G.] s'ouvrit l'ère de ces persécutions qui devaient se terminer au bout d'un siècle par leur expulsion. On commença par les baptiser de force ; puis, sous le prétexte qu'ils étaient alors chrétiens, on les livra à la sainte inquisition [pour "tester" leur foi] qui en brûla le plus qu'elle put. L'opération marchant avec lenteur, en raison de la difficulté de brûler plusieurs millions d'individus, on tint conseil sur la façon de purger le sol de l'élément étranger. Le cardinal-archevêque de Tolède, inquisiteur général du royaume, homme d'une grande piété, proposa de passer au fil de l'épée tous les Arabes non convertis, y compris les femmes et les enfants. Le dominicain Bleda fut plus radical encore. Considérant avec raison qu'on ne pouvait savoir si tous les convertis étaient bien chrétiens du fond du cœur, et observant justement qu'il serait d'ailleurs facile à Dieu de distinguer dans l'autre monde ceux qui méritaient l'enfer de ceux qui ne le méritaient pas, le saint homme proposa de couper le cou à tous les Arabes, sans aucune exception. Bien que cette mesure eût été appuyée avec énergie par le clergé espagnol, le gouvernement pensa que les victimes ne se prêteraient peut-être pas facilement à la subir et se borna, en 1610 [G.], à décréter l'expulsion des Arabes. On eut soin du reste de s'arranger de façon à ce que la plupart fussent massacrés pendant l'émigration. L'excellent moine Bleda, dont je parlais plus haut, assure avec satisfaction qu'on en tua plus des trois quart en route. Dans une seule expédition, qui en conduisait 140 000 en Afrique, 100 000 furent massacrés. En quelques mois, l'Espagne perdit plus d'un million de ses sujets. Sédillot et la plupart des auteurs estiment à trois millions le nombre de sujets perdus pour l'Espagne, depuis la conquête de Ferdinand jusqu'à l'expulsion des Maures. Auprès de pareilles hécatombes, la Saint-Barthélémy n'est qu'une échauffourée sans importance, et il faut bien avouer que, parmi les conquérants barbares les plus féroces, il n'en est pas un ayant eu d'aussi cruels massacres à se reprocher. »


L'humiliation des Musulmans d'Andalousie

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Parade militaire en Espagne, précisément dans la ville de Burgos

Parade militaire en Espagne, précisément dans la ville de Burgos

On aperçoit un étendard islamique, capturé par les Croisés lors d'une bataille contre les Musulmans en Andalousie.

Certains spécialistes affirment que la bannière a été capturée lors de la bataille d'al-'Oqab (connue chez les Nazaréens comme la bataille de Las Navas de Tolosa), le 15 Safar 609 (correspondant au 16 juillet 1212). D'autres prétendent qu'elle fut saisie lors de la prise de Djaiyyan (Jaén), de Qourtoubah (Cordoue) ou d'Ishbiliyyah (Séville), quelques décennies plus tard.

Dans tous les cas, il s'agit pour les Espagnols d'une commémoration qui leur rappelle leur victoire sur les Musulmans d'Andalousie et le début pour ces derniers d'une humiliation sans nom.

Ceci est bien une croisade, dans la droite ligne des invasions franques en Palestine de la même époque.

Ceci est bien une croisade, dans la droite ligne des invasions franques en Palestine de la même époque.

Alors que certains de nos jeunes revêtent des maillots de football aux couleurs du Real Madrid C.F. ou du FC Barcelona, nos ennemis ne sont point gênés par l'expulsion de nos frères et de nos sœurs de leurs demeures, ni même par le génocide, les meurtres, la torture, les viols qu'ils infligèrent aux Andalous...

Au contraire, ils sont fiers de nous rappeler l'humiliation qu'ils ont fait subir à des millions de Musulmans d'Andalousie.

Sur cette photo, on aperçoit une statue de Ferdinand II d'Aragon (dit le Catholique), Roi d'Aragon et de Castille, le roi nazaréen qui mit fin au Royaume nasride de Grenade en 897 H. (1492 G.) après huit siècles de présence musulmane en Andalousie, puis qui viola ses engagements en 907 de l'Hégire (1502 G.), forçant les Musulmans à apostasier ou à fuir et réduisant hommes, femmes et enfants morisques en esclavage.

Sur cette photo, on aperçoit une statue de Ferdinand II d'Aragon (dit le Catholique), Roi d'Aragon et de Castille, le roi nazaréen qui mit fin au Royaume nasride de Grenade en 897 H. (1492 G.) après huit siècles de présence musulmane en Andalousie, puis qui viola ses engagements en 907 de l'Hégire (1502 G.), forçant les Musulmans à apostasier ou à fuir et réduisant hommes, femmes et enfants morisques en esclavage.

L'appel à l'aide rédigé sous forme de vers que les Andalous adressèrent aux puissances musulmanes de l'époque, à savoir les Mamelouks d’Égypte et le Sultan Ottoman Bayazid II. Ce document est extrait de l’œuvre de l'historien al-Maqqari, Azhar ar-Riyad.

L'appel à l'aide rédigé sous forme de vers que les Andalous adressèrent aux puissances musulmanes de l'époque, à savoir les Mamelouks d’Égypte et le Sultan Ottoman Bayazid II. Ce document est extrait de l’œuvre de l'historien al-Maqqari, Azhar ar-Riyad.

La Révolte des Alpujarras

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En 976 de l'Hégire (dans la nuit de Noël 1568 G.), un soulèvement s'organise dans le quartier de l'Albaicín (en arabe « البيازين », « al-Bayazin ») à Grenade. C'est le prélude à une grande révolte qui va secouer tout l'ancien Royaume de Grenade.

Cet épisode de l'histoire des Morisques d'Andalousie intervient près de 80 ans après la Chute de Grenade en 897 de l'Hégire (1492 G.). et près de 40 ans avant l’Expulsion des Morisques d'Espagne en 1018 de l'Hégire (1609 G.).

Peu de temps après la fin du dernier royaume musulman d'Andalousie, les rois de Castille et d'Aragon trahirent leurs engagements pris auprès des Musulmans en les obligeant à renier leur foi. Cela entraîna alors dans toute l'Espagne des persécutions sans précédent contre les Croyants.

Par endroits, comme à Grenade, l'importance et le poids économique des Musulmans avaient donné un peu de répit aux Morisques, qui avaient pu négocier des concessions.

Cependant, les fanatiques de l'Inquisition qui désiraient effacer toute trace d'Islam en Espagne ne tardèrent pas à devenir influents auprès des autorités et purent ainsi mettre en oeuvre leur plan satanique dans la région de Grenade. Ils imposèrent alors aux Musulmans un édit approuvé par le Roi Philippe II en l'an 974 de l'Hégire (1567 G.) connu sous le nom de « Pragmática Sanción de 1567 ».

Parmi les points de cet édit figurent l'interdiction de parler, de lire et d'écrire en arabe, la confiscation de livres arabes, l'interdiction de se vêtir à la mauresque (interdiction des habits et des voiles amples, le visage des femmes ne doit pas être recouvert...), interdiction de la prière en groupe du vendredi, interdiction de noms mauresques, interdiction des bains rituels...

Les Musulmans tentèrent alors de négocier avec les autorités, mais cette fois-ci ce fut en vain. Face à eux, l’intransigeance était totale. Alors, afin de protester contre cet édit injuste, une partie de la population musulmane de l'ancien Royaume de Grenade s'organisa et prit les armes.

Les historiens divisent la Révolte des Alpujarras en quatre phases majeures.

La première débute en l'an 976 de l'Hégire (1568 G.), quand un groupe de Musulmans se réunit dans le quartier de l'Albaicín à Grenade et élisent un chef, un jeune homme d'une vingtaine d'années, un certain Hernando de Válor, connu pour être un descendant de l'ancienne dynastie des Omeyyades, qui avait dominé l'Andalousie plus de cinq siècles auparavant, de l'an 138 à l'an 428 de l'Hégire (de 756 à 1031 G.). En mémoire de ses ancêtres, Hernando prend le nom de Mohammed Ibn Oumeyyah (en castillan Abén Humeya).

La révolte éclate dans le village de Béznar, gagne toute la vallée de Lecrín (en arabe « وادي الإقليم », « wadi al-Iqlim »), puis s'étend à toutes les montagnes des Alpujarras (en arabe « البشرات », « al-Bousharat »). Plusieurs localités se soulèvent contre les troupes espagnoles dans les districts d'Órgiva, de Poqueira, de Juviles et ailleurs. Les rebelles sont rejoints par de nombreux « exilés » (en castillan « los monfíes », de l'arabe « المنفيون », « al-mounfiyoun »), des Musulmans qui vivaient alors isolés dans les montagnes, afin d'échapper à l'oppression.

La première opération menée par les rebelles est dirigée par l'un des lieutenants de Mohammed Ibn Oumeyyah, Faradj Ibn Faradj (en castillan Farax Aben Farax). Ce dernier tente de provoquer un soulèvement dans la ville de Grenade. Dans la nuit de Noël, en l'an 976 de l'Hégire (1568 G.), Faradj Ibn Faradj s'infiltre avec un groupe d'« exilés » dans la cité, mais échoue à provoquer un soulèvement général de la population. Néanmoins, un certain nombre de citadins acceptent de le suivre et de rejoindre la rébellion dans des sites fortifiés dans les montagnes.

Partout dans le pays, les rebelles reconstruisent des mosquées et pratiquent ouvertement les rites de l'Islam.

La révolte est violente. Les troupes espagnoles sont victimes de nombreuses embuscades, tendues par des rebelles qui connaissent parfaitement la région. Et la répression des autorités espagnoles ne se fait pas attendre : enlèvements de femmes musulmanes, viols, vols, pillages, massacres.

Les autorités envoient le marquis de Mondéjar et le marquis de Los Vélez afin de mater la rébellion. Selon le chroniqueur Pérez de Hita, la moitié des troupes espagnoles était constituée des « plus grands voleurs du monde, animés par la seule idée de voler, de saccager et de détruire les villages des Maures ». Dans les villages où ils pénètrent, les soldats capturent les femmes et les enfants, quand ils ne les tuent pas, pour les vendre comme esclaves, ce qui accentue la colère des Musulmans.

Durant la deuxième phase de la révolte, de Ramadan 976 à Radjab 977 (de mars 1569 à janvier 1570), de nombreux villages rejoignent les rebelles. Ces derniers envoient le frère de Mohammed Ibn Oumeyyah, Luis de Válor, en voyage à Alger puis à Constantinople auprès du Sultan Ottoman Salim II, le fils de Souleyman Ier (Soliman le Magnifique) afin de demander de l'aide aux pays musulmans. Il obtient un soutien militaire et économique du Protectorat ottoman d'Alger. De nombreux éléments berbères et turcs sont envoyés, environ 4 000, afin de soutenir la révolte. De 4 000 combattants à ses débuts, la rébellion atteint ainsi le nombre de 25 000 hommes en un an. La flotte espagnole est mobilisée pour empêcher l'infiltration de combattants en provenance du Maghreb.

Cependant, des dissensions internes conduisent à l'assassinat de Mohammed Ibn Oumeyyah par son cousin Diego López, qui avait pris le nom de Mohammed Ibn 'Abbou (en castillan Abén Aboo). Ce dernier prend alors la tête de la révolte.

La troisième phase débute en Radjab 977 (janvier 1570), quand le Roi Philippe II nomme Juan d'Autriche, son demi-frère, à la place du marquis de Mondéjar. Juan d'Autriche assiège les sites tenus par les rebelles les uns après les autres. La rébellion perd du terrain et doit faire face à une armée forte de 20 000 combattants.

La quatrième phase se déroule de Shawwal 977 à Shawwal 978 (d'avril 1570 à mars 1571). Juan d'Autriche met à feu et à sang les Alpujarras, détruisant les maisons et les champs, passant au fil de l'épée tous les hommes et faisant prisonniers les femmes, les enfants et les vieillards. Certains rebelles se rendent et déposent les armes, d'autres fuient en Afrique du Nord. Les derniers organisent encore quelques coups d'éclat mais sont finalement encerclés et vaincus. Le 19 Rabi' ath-Thani 978 (20 septembre 1570), les rebelles sont assiégés par le duc d'Arcos dans le fort d'Arboto. Certains parviennent à fuir et à se réfugier dans les grottes de la région, où beaucoup périrent asphyxiés par les feux allumés par les soldats pour les déloger.

Le chroniqueur Luis del Mármol Carvajal décrit cet épisode dans son Histoire de la rébellion et de la répression des Morisques du Royaume de Grenade :

« Dans la grotte de Mecina de Bombaron, ils capturèrent deux cent soixante personnes et en asphyxièrent avec de la fumée cent vingt autres. Dans une autre grotte près de Bérchules, ils asphyxièrent soixante personnes, parmi elles l'épouse et les deux filles d'Abén Aboo [Mohammed Ibn 'Abbou, le second chef la révolte]...»

Durant la seconde moitié de l'an 978 de l'Hégire (début 1571 G.), Juan d'Autriche parvient à mater définitivement la révolte. D'autant plus que Mohammed Ibn 'Abbou est à son tour assassiné par l'un de ses hommes, Gonzalo el Seniz, alors en négociation avec les Espagnols.

Les Morisques qui restent dans l'ancien Royaume de Grenade, près de 80 000 pour la seule ville de Grenade, seront alors déportés et dispersés dans toute l'Espagne afin d'éviter de nouvelles révoltes. Beaucoup périront lors de la déportation et beaucoup seront vendus comme esclaves.

Suite à cette révolte, les Morisques constitueront la grande majorité des cas jugés par les tribunaux de l'Inquisition de Saragosse, Valence et Grenade, véritables machines à tuer.

La Révolte des Alpujarras sera un argument de plus pour les partisans de l'expulsion des Morisques : ces derniers, en refusant l'acculturation forcée, constituent à leurs yeux une menace pour le Royaume, des éléments dangereux voire des traîtres, au service de l'Empire Ottoman et des états du Maghreb, alors en guerre avec l'Espagne.

Les foyers de la Révolte

Les foyers de la Révolte

Gravure datant du XIIIe siècle hégirien (XIXe siècle grégorien) représentant la déportation des Morisques de Grenade

Gravure datant du XIIIe siècle hégirien (XIXe siècle grégorien) représentant la déportation des Morisques de Grenade

Bannière morisque utilisée lors de la Guerre des Alpujarras

Bannière morisque utilisée lors de la Guerre des Alpujarras

Le village andalou de Frikhiliana (Frigiliana), dans la province de Malaqah (Malaga)

Le village andalou de Frikhiliana (Frigiliana), dans la province de Malaqah (Malaga)

C'est dans cette localité qu'eut lieu la bataille du Rocher de Frigiliana (aussi connue sous le nom de « bataille de Bentomiz ») à la fin de l'année 976 de l'Hégire (juin 1569 G.).

La bataille du Rocher de Frigiliana est l'un des derniers grands épisodes de la Révolte des Alpujarras dans l'ancien Royaume de Grenade, une fin amère qui nous montre le désespoir de ceux qui se sentent étrangers sur leurs propres terres.

Cet événement se déroule donc durant la révolte morisque, qui dure de 976 à 978 de l'Hégire (de 1568 à 1571 G.). Les rebelles se réfugient alors dans des sites fortifiés dans les montagnes de la région.

La rébellion atteint Bentomiz durant le mois de Dhou al-Qi'dah 976 (avril 1569). Ils sont menés par un certain al-Mouadhdhin (en castillan Almueden).

Le chroniqueur Luis del Mármol Carvajal raconte dans son Histoire de la rébellion et de la répression des Morisques du Royaume de Grenade :

« Celui-ci [al-Mouadhdhin] avait une femme qui était captive d'un chrétien habitant près de Canillas de Aceituno. »

Al-Mouadhdhin réunit alors un groupe de Morisques, afin de libérer sa femme. Ils se rendent à Canillas de Aceituno, avec à leur tête Andrés el Xorairán et Ibn 'Abd Allah (en castillan Abén Audalla). Le 8 Dhou al-Qi'dah 976 (24 avril 1659), ils attaquent la ferme de Pedro Mellado, l'homme qui retient captive la femme d'al-Mouadhdhin. Le mécréant en répresailles de cette attaque capture et torture huit Morisques choisis arbitrairement. Cet épisode va allumer la mèche de la guerre dans cette partie de l'Andalousie.

Les Morisques de la région de Malaqah rejoignent ainsi la révolte initiée par Mohammed Ibn Oumeyyah quelques mois plus tôt. Avec femmes et enfants, plusieurs milliers en tout, ils se regroupent dans la forteresse du Rocher de Frigiliana. Hernando el Darra prend la tête des combattants musulmans qui se retranchent dans le site fortifié.

Pérez de Hita nous relate dans Guerres civiles de Grenade :

« A cette époque, beaucoup de Maures, plus de deux mille, se mettent à fortifier Bentomiz et Frigiliana. Tous les lieux à proximité de Ronda et dans ses montagnes se soulevèrent sans vergogne et participèrent à faire beaucoup de mal aux chrétiens, plaçant des drapeaux pour recruter des gens et formant des escadrons bien armés. 

Les Espagnols font alors le siège de la forteresse rebelle. Le 12 Dhou al-Hijjah 976 (28 mai 1569), ils lancent un premier assaut contre les Musulmans.

Un témoin oculaire, le chroniqueur Luis del Mármol Carvajal, nous raconte dans son livre Histoire de la rébellion et de la répression des Morisques du Royaume de Grenade :

« Ils étaient plus de trois mille Maures postés en formation sur les hauteurs. Bien qu'il y avait parmi eux quelques mousquetaires et des archers, ils possédaient de nombreux frondeurs et ils jetèrent tellement de pierres, qu'il semblait y avoir sur les nôtres un nuage de grêle. »

En effet, la résistance des Musulmans est acharnée et ils parviennent à repousser les mécréants.

Mais très vite, ces derniers reçoivent des renforts. Et le 26 Dhou al-Hijjah 976 (11 juin 1569), les Espagnols lancent une grande offensive avec 6 000 hommes et l'emportent sur les rebelles.

Selon le chroniqueur Luis del Mármol Carvajal, plus de 2 000 Musulmans périssent lors de la bataille du Rocher de Frigiliana. Les autres, environ 3 000, sont faits prisonniers et réduits à l'esclavage.

L'Expulsion des Morisques

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Les Morisques

L'Expulsion des Morisques d'Espagne est promulguée par le roi Philippe III d'Espagne en l'an 1018 de l'Hégire (1609 G.). Il ordonne aux Morisques de quitter les terres du Royaume. Pendant plusieurs années, des nombreuses vagues d'émigration vont se succéder les unes aux autres.

Ils sont ainsi plusieurs dizaines de milliers, peut-être un million voire plus, à fuirent la terre d'al-Andalous sur une période de 5 ans. Beaucoup meurent en chemin.

L'expulsion affecte particulièrement le Royaume de Valence qui perd à cette occasion une grande partie de ses habitants. Cette perte entraîna des grandes difficultés économiques dues au fait que les Morisques représentaient une force vive pour l'Espagne. Dans les zones les plus affectées, on observe des effets dévastateurs sur l'artisanat, le commerce et les travaux des champs.

Après l'expulsion des Morisques d'Andalousie, la grande majorité d'entre eux ont immigré vers les pays du Maghreb et vers l'Empire Ottoman. Cependant, une petite partie (bien que très visible) est restée en Europe, s'installant en France et en Italie.

Les Morisques déportés trouvèrent refuge principalement au Nord du Maghreb. Au Maroc, ils s'installèrent surtout à Rabat, Salé, Fès et les principales villes du Nord-marocain comme Tanger, Tétouan, Chefchaouen, Asilah et Larache. En Algérie, ils s'installèrent notamment à Oran, Tlemcen, Alger, Cherchell, Nedroma, Koléa ainsi que d'autres villes. En Tunisie, les villes de Tunis et Testour sont connues pour avoir accueilli un grand nombre de réfugiés morisques.

Environ 100 000 Morisques gagnèrent les côtés tunisiennes. A Alger, ils sont 116 000 à y trouver refuge. Les villes du Maroc connaissent aussi de grandes vagues de réfugiés.

De petites communautés morisques s'installent aussi en Syrie et à Constantinople. Là, on les retrouve dans le quartier de Galata, autour de la « Mosquée des Arabes ».

Partout, ils apportent leurs compétences et leur savoir-faire. Parfois, les Morisques rencontrent des problèmes, ils sont victimes de la cupidité de coupeurs de route mais aussi d'un ressentiment de certaines populations locales.

Les Morisques à Salé (Maroc)

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Les Morisques

Avant même le décret d'expulsion, une communauté de 3 000 riches Morisques originaires de la ville de Hornachos, dans l'Ouest de l'Espagne, s'installe dès les premières années du XIe siècle hégirien (XVIIe siècle grégorien) dans la région de Salé, au Maroc. Ces Musulmans, restés largement arabophones, anticipent les mesures d'expulsion et parviennent à quitter l'Espagne en emportant avec eux leurs biens.

Après l'an 1018 H. (1609 G.) et suite au décret entérinant la décision par le roi Philippe III de chasser tous les Musulmans d'Espagne, approximativement 10 000 Morisques expulsés sans pouvoir emporter leurs biens arrivent dans la région. Ils sont particulièrement nombreux à s'implanter à Salé-le-Neuf, au pied de la Qasbah. Ceux-ci parlent généralement le castillan, contrairement aux premiers Morisques débarqués quelques années plus tôt.

Sur place, les Musulmans s'organisent et forment une communauté de corsaires,  la République de Salé, sous l'autorité d'Ibrahim Vargas, un Morisque de Hornachos. Cette entité se rendra par la suite célèbre pour ses attaques contre les navires et ports nazaréens, organisant de courageuses expéditions jusqu'en Angleterre et en Islande. Le célèbre Mourad Reys, de son ancien nom Jan Janszoon, natif de Haarlem en Hollande, en deviendra le Grand Amiral quelques années plus tard.

Les traces

Itinéraire et principales étapes du voyage qu'effectua un Musulman castillan du nom de 'Omar Patún depuis l'Andalousie jusqu'à La Mecque


'Omar Patún est un domestiqué (en castillan « mudéjar », un Musulman qui est resté sur les terres à présent dominées par des infidèles). Il est originaire de la ville d'Ávila (Abilah).

A cette époque Ávila est sous la coupe des Rois de Castille depuis le Ve siècle hégirien (XIe siècle grégorien), soit depuis près de 500 ans. C'est à cette même période qu'intervient la Chute de Grenade, dernier royaume musulman d'Andalousie.

Entre l'an 896 et l'an 901 de l'Hégire (entre 1491 et 1495 G.), 'Omar Patún effectue le Pèlerinage à La Mecque puis revient dans son pays.

Ainsi, jusqu'à l'époque de 'Omar Patún, malgré le recul des Musulmans en Andalousie, les Croyants continuent à maintenir et à pratiquer les rites de l'Islam. Cependant, quelques années plus tard après le Pèlerinage de 'Omar Patún, les accords qui garantissaient aux Musulmans la liberté de culte seront remis en question par les royaumes de Castille et d'Aragon.
 

Les étapes du voyage de 'Omar Patún, ainsi que la description de certaines villes qu'il traversa nous sont connues grâce à un manuscrit retrouvé à Calanda dans l'Est de l'Espagne.

Itinéraire et principales étapes du voyage de 'Omar Patún : trajet à l'aller d'Ávila à La Mecque entre l'an 896 et l'an 899 de l'Hégire (entre 1491 et 1494 G.)

Itinéraire et principales étapes du voyage de 'Omar Patún : trajet à l'aller d'Ávila à La Mecque entre l'an 896 et l'an 899 de l'Hégire (entre 1491 et 1494 G.)

Itinéraire et principales étapes du voyage de 'Omar Patún : trajet au retour de La Mecque à Ávila entre l'an 899 et l'an 901 de l'Hégire (entre 1494 et 1495 G.)

Itinéraire et principales étapes du voyage de 'Omar Patún : trajet au retour de La Mecque à Ávila entre l'an 899 et l'an 901 de l'Hégire (entre 1494 et 1495 G.)

Une statue représentant une femme vêtue d'un "cobijado" dans la commune espagnole de Vejer de la Frontera, en Andalousie

Le cobijado est un habit typique de cette région. Il s'agit d'une longue et ample robe noire qui descend jusqu'aux pieds. La femme tient de ses mains un voile posé sur sa tête avec lequel elle recouvre son visage ne laissant apparaître qu'un seul œil.

Les femmes qui le portent sont appelées "cobijadas", terme que l'on peut traduire par "celles qui se sont réfugiées (derrière un vêtement)".

Cet habit a fait l'objet de récurrentes interdictions par les rois nazaréens d'Espagne, sous les Habsbourg et les Bourbons notamment, mais a tout de même survécu dans les mémoires et dans les mœurs des habitants de cette région.

On retrouve par ailleurs d'autres habits du même type dans diverses parties de l'Espagne, autant de signes et de traces du passé islamique de l'Andalousie.

Une statue représentant une femme vêtue d'un "cobijado" dans la commune espagnole de Vejer de la Frontera, en Andalousie.

Une statue représentant une femme vêtue d'un "cobijado" dans la commune espagnole de Vejer de la Frontera, en Andalousie.

Sources :

Histoire de la rébellion et de la répression des Morisques du Royaume de Grenade

Guerres civiles de Grenade

ballandalus.wordpress.com

www.nuestropasadoandalusi.blogspot.com.es

e-spacio.uned.es/fez

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